Construction (SCIAN 23): Québec, 2025
Faits saillants
L'industrie de la construction représente 7,0 % de l'emploi du Québec et 6,8 % de son PIB.
En 2024, l'emploi dans la construction a connu une forte croissance, stimulée par plusieurs facteurs : le lancement de projets industriels liés à la filière batterie, les investissements publics dans les infrastructures de transport, ainsi que le démarrage de nombreux projets immobiliers résidentiels locatifs.
Pour la période 2025-2027, la croissance de l'emploi dans la construction devrait revenir à un rythme plus modéré malgré les investissements dans le domaine résidentiel, en raison de la volonté des gouvernements de limiter la croissance des dépenses et de l'incertitude économique causée par la menace tarifaire qui affecte principalement la construction industrielle.
À propos du secteur
Composition et importance du secteur
L'industrie de la construction occupe 315 700 travailleurs, ce qui représente 7,0 % de l'emploi du Québec en moyenne pour la période 2022-2024, une part en croissance depuis 20 ans. Cette proportion est toutefois plus faible qu'en Ontario (7,4 %) ainsi que dans l'ensemble du Canada (7,8 %). La part de la construction dans le PIB du Québec (6,8 %) est du même ordre que celle de l'emploi.
Selon les statistiques de la Commission de la construction du Québec (CCQ), le secteur institutionnel et commercial (qui comprend les édifices de logements de plus de six étages) génère 57 % des heures travaillées. Le reste se partage entre la construction résidentielle (17 %), le génie civil et la voirie (19 %) et la construction industrielle (7 %). La majorité des entreprises du secteur sont de petite taille : 82 % comptent moins de 10 employés.
| Construction de bâtiments | Travaux de génie civil | Entrepreneurs spécialisés | |
|---|---|---|---|
| 38.5 % | 7.3 % | 54.2 % |
Répartition géographique de l'emploi
L'industrie de la construction est présente dans toutes les régions du Québec, mais son importance dans l'emploi régional varie d'une région à l'autre. C'est dans la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal que se concentre 44,1 % de l'emploi de la construction du Québec. Cependant, la construction ne représente que 5,9 % de l'emploi total de la RMR de Montréal, une part moindre qu'à l'échelle du Québec.
Ce sont dans les régions de Lanaudière (11,7 %), du Centre-du-Québec (11,1 %) et des Laurentides (10,7 %) que les parts dans l'emploi régional sont les plus importantes. Il faut toutefois préciser que ces données font état de la région de résidence des travailleurs et qu'il y a un important navettage de travailleurs résidents des régions en périphérie de Montréal vers la métropole.
Tableau 1 Emploi par région
| Région | Emploi moyen 2022-2024 |
Part de l'emploi total |
|---|---|---|
| Canada | 1 587 000 | 7,8 % |
| Québec | 315 700 | 7,0 % |
| Ontario | 590 900 | 7,4 % |
Main-d'uvre
Caractéristiques de la main-d'uvre
La grande majorité des emplois dans l'industrie de la construction sont occupés par des hommes (86,7 %). Avec près de 42 000 travailleuses, le nombre de femmes dans la construction a néanmoins augmenté de 76 % en 15 ans. Par contre, leur part dans l'ensemble des travailleurs du secteur est passée modestement de 11,2 % à 13,3 %. La distribution de l'emploi entre les hommes et les femmes est assez semblable à celle dans l'ensemble du Canada, où les femmes occupent 13,1 % des emplois.
Plus de sept travailleurs de la construction sur dix sont âgés de 25 à 54 ans, une proportion plus élevée que dans l'ensemble des industries (65 %). En contrepartie, les jeunes de 15 à 24 ans sont, en part relative, moins présents dans la construction (9,6 % contre 13,3 % pour l'ensemble des industries).
La majorité des travailleurs occupent un emploi à temps plein (93,6 %). La part des travailleurs autonomes dans l'industrie est en diminution depuis 15 ans, passant de 27,4 % en 2007-2009 à 16,5 % en 2022-2024.
Parmi les travailleurs, 57,1 % possèdent un diplôme d'études postsecondaires– qui inclut un diplôme d'études professionnelles (EPA) ou un diplôme d'études collégiales (EPA)– une proportion plus grande que dans l'ensemble des industries (41,3 %). On dénombre également une part plus importante de travailleurs diplômés du secondaire (19,9 %) ou ne détenant aucun diplôme (12,9 %). En contrepartie, la proportion des travailleurs qui détiennent un grade universitaire est beaucoup plus faible, soit 10,1 % par rapport à 31,9 % pour l'ensemble des industries.
Les principales professions de l'industrie sont indiquées dans le tableau suivant.
Tableau 2 Principales professions du secteur
| Profession | Emploi 2021 | Part du secteur |
|---|---|---|
| 72310 Charpentiers-menuisiers/charpentières-menuisières | 37 610 | 13,6 % |
| 75110 Aides de soutien des métiers et manoeuvres en construction | 24 330 | 8,8 % |
| 72200 Électriciens/électriciennes (sauf électriciens industriels/électriciennes industrielles et de réseaux électriques) | 15 095 | 5,4 % |
| 70010 Directeurs/directrices de la construction | 12 635 | 4,6 % |
| 73400 Conducteurs/conductrices d'équipement lourd | 10 750 | 3,9 % |
Évolution récente
Durant la période précédant la pandémie, l'emploi dans la construction était en forte croissance, soutenue par de nombreux projets en génie civil et voirie, des projets institutionnels et commerciaux et par la construction de logements résidentiels.
Après la courte pause en raison de l'urgence sanitaire en 2020, la croissance de l'emploi a rebondi fortement en 2021 dans l'industrie de la construction, alimentée principalement par la construction résidentielle et les investissements publics en infrastructures. En effet, le nombre de logements mis en chantier a atteint un sommet historique, selon les données de la Société d'hypothèques et de logement du Canada (SCHL), soutenue par la forte demande en maisons unifamiliales, les faibles taux d'intérêt et le développement de projets locatifs. Les deux paliers de gouvernements ont aussi investi massivement pour relancer l'économie, notamment dans la réfection de routes et la construction et la rénovation d'établissements de santé et d'éducation, ce qui a également contribué à la croissance de l'emploi.
En 2022, l'emploi en construction a continué de progresser, mais à un rythme semblable à celui de l'ensemble des industries (+3,3 % par rapport à +3,1 % pour l'ensemble des industries), alimenté principalement par une hausse des investissements publics en infrastructure. Toutefois, dans le segment résidentiel, le nombre de logements mis en chantier enregistre un recul de 16 %. Celui-ci s'explique par les hausses successives des taux d'intérêt, ce qui a affecté la capacité d'emprunt des ménages. Malgré une forte demande en logement locatif, les mises en chantier dans ce secteur ont aussi enregistré un repli plombé par la hausse des coûts de construction et de financement.
En 2023, la croissance de l'emploi s'est à nouveau accélérée dans l'industrie de la construction, à un rythme beaucoup plus élevé (+8,1 %) que dans l'ensemble des industries (+3,0 %). Cette vigueur repose, comme en 2022, essentiellement sur les projets institutionnels et les travaux d'infrastructures de transport. La construction industrielle, qui était au ralenti depuis la pandémie, a aussi enregistré une forte hausse de son activité en 2023, avec le démarrage de plusieurs projets industriels, notamment dans la filière batterie. Par contre, dans le secteur résidentiel, la baisse d'activité s'est poursuivie, les mises en chantiers ayant reculé de 32 %. La hausse des taux d'emprunt et l'inflation ont forcé plusieurs promoteurs à mettre sur pause leurs projets ou encore, à les annuler. La baisse touche également les immeubles locatifs, malgré l'importante demande de logements provenant entre autres de l'arrivée en grand nombre de nouveaux immigrants, notamment des résidents non permanents.
En 2024, le niveau d'emploi dans l'industrie de la construction continue de progresser, mais à un rythme plus faible (+3,1 %) qu'au cours de l'année précédente. La croissance de l'emploi surpasse tout de même celle de l'ensemble des industries, qui a aussi ralenti (+1,0 %). La hausse de l'activité repose sur la construction industrielle, stimulée par la filière batterie, même si certains projets d'importance ont été suspendus vers la fin de l'année. Le secteur du génie civil et des routes a également contribué à la croissance de l'emploi, soutenu par les investissements publics en infrastructures de transport. Du côté résidentiel, la baisse graduelle des taux d'intérêt, les incitatifs gouvernementaux pour accélérer la construction de logements et l'importante demande en logement ont permis une reprise des mises en chantiers, particulièrement dans les appartements. Le nombre de mises en chantier a fait un bond de 25 % par rapport à 2023, mais demeure inférieur aux niveaux enregistrés entre 2020 et 2022. Finalement, après plusieurs années de haut niveau d'activité, la construction institutionnelle et commerciale s'est stabilisée en 2024.
| 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 | |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| PIB réel | 100 | 99 | 105 | 111 | 115 | 114 | 125 | 124 | 120 | 121 |
| Logement mis en chantier | 100 | 103 | 123 | 124 | 126 | 143 | 179 | 151 | 103 | 128 |
| Emploi | 100 | 102 | 106 | 105 | 112 | 112 | 122 | 126 | 136 | 140 |
Perspectives d'emploi
Au cours des trois prochaines années, l'emploi dans le secteur de la construction devrait continuer de croître et ce, à un rythme plus rapide que l'ensemble des industries. Toutefois, cette croissance sera moins marquée que celle observée récemment. Les nombreux projets en génie civil et voirie et la remontée des mises en chantier résidentielles appuieront cette progression de l'emploi. Cependant, certains éléments pourraient freiner cette croissance. L'incertitude économique causée par les tensions commerciales avec les États-Unis pourrait réduire la demande de main-d'uvre, surtout dans les secteurs industriel et commercial.
Particularités des sous-secteurs
Dans la construction résidentielle, la dynamique dépend de plusieurs facteurs, dont l'augmentation du nombre de ménages, le revenu disponible, les taux d'intérêt et la croissance de l'économie en général.
En 2024, les gouvernements fédéral et provincial ont mis en place des mesures visant à réduire, au cours des prochaines années, le nombre d'admissions d'immigrants permanents et le nombre de résidents non permanents, ce qui devrait limiter la croissance du nombre de ménages au cours des prochaines années. Malgré ces changements récents de politique d'immigration qui viendraient réduire la demande, il demeure un déficit important de logements au Québec. La stabilisation des prix des matériaux de construction et les baisses successives des taux directeurs par la Banque du Canada ont permis de réduire les coûts de financement des projets immobiliers, ce qui devrait se traduire par une hausse de l'activité en construction résidentielle.
À court terme, la hausse des mises en chantiers proviendra essentiellement de celles pour des logements locatifs, compte tenu de la demande criante un peu partout au Québec, et des mesures prises par les gouvernements et les municipalités pour accélérer la réalisation de projets. En effet, des investissements publics additionnels pour le logement abordable, l'élimination de la taxe sur les produits et services (TPS) sur les logements locatifs neufs par le gouvernement fédéral et les mesures réglementaires prises par de nombreuses municipalités devraient permettre une forte hausse du nombre de mises en chantier d'appartements. Le vieillissement de la population et l'accession difficile à la propriété pour les premiers acheteurs renforcent également la demande en logements locatifs. Le nombre de maisons unifamiliales construites devrait augmenter au cours de la période de prévision, mais devrait demeurer historiquement faible en raison de leur prix élevé.
Enfin, les dépenses de rénovation, qui avaient été freinées par les taux d'intérêt élevés et les hausses des prix des matériaux, devraient à nouveau soutenir l'emploi en construction, grâce à la baisse des coûts de financement, ainsi qu'à certains programmes gouvernementaux d'aide financière pour les dépenses de rénovation écoénergétique. L'incertitude économique pourrait toutefois tempérer cette hausse.
Le segment non résidentiel comprend la construction institutionnelle et les travaux de génie et de voirie, qui dépendent particulièrement des investissements publics. Ce segment comprend aussi les secteurs de la construction commerciale et industrielle, qui sont influencés surtout par l'investissement privé.
Depuis plusieurs années, le secteur du génie civil et de la voirie contribue à la croissance de l'emploi de l'industrie de la construction et les prochaines années seront tout aussi occupées. Plusieurs grands projets liés aux infrastructures de transport se poursuivront, dont les antennes nord et ouest du Réseau express métropolitain et le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal. Le démarrage de nombreux chantiers de parcs éoliens devrait également soutenir le secteur au cours de cette période.
Après plusieurs années de forte croissance, le secteur institutionnel ne devrait pas contribuer à la hausse de l'emploi en construction pour la période de prévision. En effet, l'augmentation des coûts de projets d'infrastructure et l'intention des gouvernements de limiter la croissance des dépenses devraient se traduire par une faible baisse de l'activité dans le secteur institutionnel. De plus, certains projets, surtout de ressort municipal, sont mis sur pause, en raison des enjeux de financement et des montants des soumissions nettement supérieurs aux budgets prévus. Toutefois, certains grands projets demeureront, telle la rénovation de plusieurs écoles et hôpitaux.
Les investissements dans le secteur commercial sont particulièrement sensibles à la conjoncture économique et aux nouvelles habitudes du travail. Ainsi, l'incertitude causée par la menace tarifaire et les changements d'habitudes des consommateurs continuent de défavoriser la construction commerciale. De plus, les taux d'inoccupation des immeubles de bureaux demeurent élevés, ce qui affecte négativement la construction de nouveaux édifices de ce type.
Le nombre d'employés uvrant dans le secteur industriel, qui avait connu une forte croissance en 2024 avec de nombreux projets liés à la filière batterie, devrait diminuer, en raison de l'incertitude économique causée par la menace tarifaire. Si plusieurs industries demeurent épargnées de tarifs douaniers, l'incertitude quant à l'avenir de ces exemptions et la renégociation à venir de l'ACEUM décourage les entreprises manufacturières à investir dans leurs installations, particulièrement celles qui sont exportatrices de biens.
Pour plus d'information
Les auteurs ont pris un soin particulier à rédiger ce document en fondant leurs recherches sur des informations sur le marché du travail qui étaient exactes et pertinentes au moment de la publication. Le marché du travail étant en évolution constante, les données fournies peuvent avoir changé depuis la publication de ce document. Nous encourageons les lecteurs à consulter d'autres sources pour obtenir des renseignements supplémentaires sur l'économie et le marché du travail locaux. Les renseignements présentés dans ce document ne reflètent pas nécessairement les politiques officielles d'Emploi et Développement social Canada.
Préparé par : Direction de l'analyse du marché du travail, Service Canada, Québec. Pour de plus amples informations, veuillez communiquer avec l'équipe de l'IMT
Annexe
Tableau A1
Répartition géographique de l'emploi et perspectives d'emploi au Québec, moyenne 2022-2024
| Construction | |||
|---|---|---|---|
| Région | Part de l'emploi au Québec |
Part de l'emploi dans la région |
TCAM* |
| Ensemble du QUÉBEC | 100,0 % | 7,0 % | 4,8 % |
| Abitibi-Témiscamingue | 1,8 % | 7,6 % | 4,2 % |
| Bas-Saint-Laurent | 1,9 % | 6,1 % | −4,6 % |
| Capitale-Nationale | 8,0 % | 6,2 % | 0,8 % |
| Centre-du-Québec | 4,6 % | 11,1 % | 10,8 % |
| Chaudière-Appalaches | 6,3 % | 8,4 % | 10,7 % |
| Côte-Nord / Nord-du-Québec | 1,2 % | 7,5 % | 15,8 % |
| Estrie | 4,2 % | 7,8 % | 4,2 % |
| Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine | 0,9 % | 7,8 % | 4,2 % |
| Lanaudière | 10,5 % | 11,7 % | 8,3 % |
| Laurentides | 11,8 % | 10,7 % | 6,8 % |
| Mauricie | 2,6 % | 6,6 % | 8,5 % |
| Montérégie | 18,9 % | 7,0 % | −1,4 % |
| Outaouais | 5,8 % | 8,6 % | 4,3 % |
| Saguenay–Lac-Saint-Jean | 3,4 % | 8,3 % | 9,4 % |
| Montréal (région métropolitaine) | 44,1 % | 5,9 % | 4,4 % |
Tableau A2
Caractéristiques de la main-d'uvre au Québec, moyenne 2022-2024
| Construction | |||
|---|---|---|---|
| Caractéristique | Volume | Part dans le secteur | Part dans l'ensemble des secteurs |
| Emploi total | 315 700 | 100,0 % | 100,0 % |
| Hommes | 273 700 | 86,7 % | 52,5 % |
| Femmes | 41 900 | 13,3 % | 47,5 % |
| 15-24 ans | 30 200 | 9,6 % | 13,3 % |
| 25-54 ans | 223 700 | 70,9 % | 65,0 % |
| 55 ans et plus | 61 800 | 19,6 % | 21,7 % |
| Emploi à temps plein | 295 600 | 93,6 % | 81,7 % |
| Emploi à temps partiel | 20 000 | 6,4 % | 18,3 % |
| Employé | 263 700 | 83,5 % | 88,9 % |
| Travailleur autonome | 52 000 | 16,5 % | 11,1 % |
| Aucun diplôme | 40 700 | 12,9 % | 9,4 % |
| Diplôme d‘études secondaires | 62 700 | 19,9 % | 17,4 % |
| Certificat ou diplôme d'études postsecondaires | 180 200 | 57,1 % | 41,3 % |
| Grade universitaire | 32 000 | 10,1 % | 31,9 % |
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